Les stratégies de communication politique

29 mars 2009

La rhétorique du discours politique électoral

Par Martin Momha

Chercheur en sciences du langage et en stratégies de communication politique05

Ce que les analystes des joutes électorales redoutent souvent lors d’un scrutin uninominal, c’est la présence ambiguë de certains candidats dont les positions au débat ne sont pas clairement dévoilées. En effet, l’élection présidentielle au suffrage universel direct est comparable à une finale dont il faut absolument un vainqueur majoritaire et un vaincu minoritaire, en terme de suffrages exprimés. Dans cet ordre d’idées, les vrais candidats à l’élection présidentielle se positionnent par rapport à la continuité ou par rapport au changement. À chaque position, correspond un type de discours et une organisation énonciative et argumentative spécifique.

1- La rhétorique de la continuité

DSC00159Quand un candidat se déclare pour

la CONTINUITE

d’un régime ou pour le renouvellement d’un mandat, l’argumentaire qu’il déploie gravite autour d’un pilier : la confirmation. Son argumentaire se compose généralement de cinq prémisses :

a) Expression de sa gratitude vis-à-vis du peuple : tout homme politique démocratiquement élu sait que c’est au peuple souverain qu’il doit sa promotion. Au terme de son mandat, il est tenu de rendre un hommage à tous ceux qui l’ont élu et aidé dans la mise en application de son programme de gouvernance. Cette révérence rituelle s’exprime en terme de gratitude.

 

b) Elaboration d’un bilan élogieux du mandat écoulé : très sommairement, le candidat sortant dresse un bilan appréciable de son mandat. Il insiste sur des réalisations concrètes et mentionne la satisfaction des populations.

 

c) Dénonciation des obstacles rencontrés dans la réalisation de certains projets : les orateurs politiques savent toujours trouver des excuses à leurs manquements. Les obstacles le plus souvent évoqués pour justifier l’inaccomplissement de leurs projets sont divers : la conjoncture économique mondiale, troubles sociopolitiques, la cohabitation politique, la manipulation du peuple par des forces rétrogrades, la courte durée du mandat, etc.

 

d) Détermination à aller de l’avant pour l’achèvement de son œuvre : tout homme politique qui postule pour un nouveau mandat dira toujours « beaucoup a été fait… mais beaucoup reste à faire ». À travers ce leitmotiv, l’homme politique en situation de continuité lance un cap sur l’avenir. Il se positionne comme un jusqu’auboutiste auréolé d’expériences, qui entend parfaire son œuvre de construction ou de reconstruction nationale avec un nouveau souffle et de nouveaux arguments, plus efficaces et plus pragmatiques.

e) Appel à la mobilisation, demande de renouvellement de la confiance du peuple : l’entreprise de construction nationale, fondement de toute thématique politique, ne peut être réalisée qu’avec le consentement et la participation effective des populations. Voilà pourquoi dans le discours du candidat pour la continuité, on retrouvera toujours des expressions telles « continuer avec vous », « si tel est votre consentement », « si telle est votre volonté », « ensemble », « tous d’un même élan », « avec le peuple », etc. On retrouve par ailleurs ces formules lapidaires sur les slogans de campagne.

2- La rhétorique du changement

DSC00174 Lorsqu’un candidat se positionne pour le CHANGEMENT, son argumentaire gravite autour d’un pilier : la réfutation. On parlera alors de l’affirmation d’une négation ou de la négation d’une affirmation. Son propos contient également cinq prémisses constantes :

a) Bilan noir et chaotique du régime antérieur : l’opposant voit toujours sombre l’action engagée par son prédécesseur ou son concurrent. Avec emphase, il souligne les échecs du candidat sortant dans tous les domaines sensibles de la gouvernance. Il démontre que le régime agonisant n’a rien apporté de plus, au contraire, il a fait sombrer le peuple dans une situation épouvantable qui compromet gravement les valeurs et l’hégémonie de la nation.

b) Dénonciation de la démagogie et de l’incompétence du gouvernement sortant : l’opposant considère le gouvernement sortant comme une bande de co-pains arrivés au pouvoir par la force des choses, sans expérience valable de la gestion publique. Il jette un regard sur les engagements du candidat sortant énoncés lors de sa prestation de serment et soutient mordicus que rien n’a été accompli de toutes ses belles promesses. Il demande gentiment à son rival de cesser de créer la diversion et de quitter honnêtement la scène politique.

 

c) Dramatisation aiguë de la situation par la mise en nu de l’agonie du peuple : l’analyse faite par l’opposant de la conjoncture sociopolitique et économique montre que sous la houlette du gouvernement sortant, le peuple avance inexorablement vers l’abîme, car tout semble évoluer du mal au pire : le taux de chômage élevé, l’inaccessibilité des soins de santé à une frange de la société, la recrudescence de la grande délinquance, la raréfaction des logements sociaux, la discrimination et la précarité, la fiscalité aggravante, l’incommodité et la faillite des systèmes de sécurité sociale, etc. Bref, c’est toute une cascade de malheurs qu’il actualise dans son discours et dont il considère comme des blessures profondes qui nécessitent un pansement sérieux.

 

d) Besoin urgent d’agir et nécessité du changement : un peuple qui ne sait pas où il va est un peuple vaincu. L’opposant va dès lors s’incarner dans son discours en un messie ou en un prophète, bref en un homme providentiel qui détient SEUL la clé magique et les arguments valables susceptibles de sortir le peuple de l’enfer immonde dans lequel le régime sortant l’a précipité. Le peuple ne pourra retrouver la plate-forme ensoleillée que s’il milite pour le changement immédiat dont il est le personnage de référence.

 

e) Appel au vote sanction et au renouveau : pour éviter que la gangrène n’atteigne l’os, l’opposant va demander au peuple frustré et tétanisé de « ne pas se laisser de nouveau berner », de  barrer la voie aux « apprentis sorciers » qui lui avaient jadis promis « la barbe du bon dieu ». Faire le bon choix, c’est sanctionner ceux qui sont au pouvoir ; faire le bon choix, c’est choisir un candidat qui correspond tangentiellement au profil qu’il présente. Il promet d’avance de ne point trahir la confiance suprême que le peuple placera en lui. Sa victoire sera la gloire des laissés-pour-compte et des abusés du régime qui s’écroule, la victoire de tous ceux qui croient en une nation libre et prospère.

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14 mars 2009

Les stratégies de déclaration de candidature à l'élection présidentielle

Par Martin Momha, Chercheur en sciences du langage et en stratégies de communication politique

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Auteur : Martin Momha

Editeur : Le Manuscrit 2007

ISBN : 2-7481-8716-4

La déclaration de candidature est un acte énonciatif solennel hautement stratégique sur le plan politique et médiatique qui inaugure l'entrée en scène de l'homme politique en situation électorale et renchérit sa position. Les déclarations de candidature diffèrent d'un candidat à un autre, d'une élection à une autre et dérivent le plus souvent des stratégies globales de communication et de visibilité des partis politiques, en tant que « socles idéologiques » et acteurs collectifs d'énonciation.

 

Comme un rituel électoral : la déclaration de candidature est l'une des conditions essentielles d'éligibilité. En France, pour être candidat à l'élection présidentielle, il faut remplir six conditions de base :   être citoyen français, être électeur, avoir au minimum 23 ans, rassembler au moins 500 signatures d'élus, fournir une déclaration de patrimoine, faire une déclaration de candidature. La déclaration de candidature est donc un passage obligé, d'où son intérêt. En effet, aucun citoyen ne peut se retrouver candidat à la fonction présidentielle contre son gré. Le Conseil Constitutionnel a pour rôle, entre autres, de vérifier le consentement du candidat avant d'approuver sa candidature. Les textes précisent d'ailleurs que tout aspirant à la présidence doit manifester un réel engouement en faisant lui-même et devant les médias une déclaration publique de candidature.

 

Comme moment inaugural de la campagne électorale : elle ouvre une période de surcharge symbolique où tout signe exhibé fait sens. Elle se doit donc à l'instar des campagnes publicitaires, de marquer la singularité du candidat par rapport à ses concurrents. « L'originalité de l'entrée en scène est attendue comme une manière d'accrocher le public et les médias pour qui l'effet de surprise détermine en partie l'ampleur de la couverture de l'évènement ».

 

Comme le commerce d'une image présidentielle et d'une vision politique : elle permet au candidat de faire son autopromotion, de se mettre en valeur, de vendre à l'électorat ses idées et sa silhouette. À travers ce détail, on comprend aisément qu'il existe une similitude entre une campagne électorale et une campagne publicitaire. Ces deux domaines utilisent les mêmes procédés, mais à la seule différence que dans le cas précis d'une élection présidentielle, le promoteur et le produit sont confondus, puisque dans toute représentation télévisuelle de candidature, le candidat incarne son propre rôle.

 

Comme la mise en parole et la mise en image d'une profession de foi : elle s'incarne en un double discours. Le premier agit sur la sensibilité auditive et le second sur la sensibilité visuelle. Voilà pourquoi la télévision reste et demeure le média le plus sollicité pour ce genre de prestations.

Comme la mise en évidence d'un style : elle dévoile la manière d'être, de voir, d'entendre, de sentir et de penser d'une personnalité politique. Voilà pourquoi elle est laissée en grande partie à l'initiative personnelle.

 

Comme un discours électoral : elle désigne, dans une vision large, l'ensemble des discours produits par un ou plusieurs locuteurs dans des contextes énonciatifs divers, mais ayant pour finalité d'annoncer ou de soutenir une candidature.

Quatorze stratégies pour une déclaration de candidature

L'observation des primaires et des campagnes préélectorales dans les plus grandes démocraties présidentielles du monde, notamment en France et aux États Unis d'Amérique nous ont permis de déceler de façon non exhaustive et bien hétérodoxe quatorze stratégies de déclaration de candidature, quatorze manières de s'afficher à l'écran de télévision pour se déclarer candidat à la présidentielle. Chaque option de visualisation correspond à fait politico-médiatique, à une mise en scène originale.

Stratégie 1 :

Prestation de serment

C'est un mode de déclaration qui intervient à l'issue des assises ordinaires ou extraordinaires d'un parti politique. Le candidat investi par consensus ou aux termes des élections primaires devient le nouveau leader consacré qui, clôturant les travaux du congrès en assemblée plénière devant un parterre de journalistes, déclare solennellement sa candidature sous forme d'une prestation de serment en reprenant en chœur la profession du foi du parti, dans un discours de politique générale.

Stratégie 2 :

Expression directe

Communément appelée « les yeux dans les yeux », ce mode de déclaration se réalise dans un espace clos. Le candidat est seul, face à la caméra et adresse son propos à la réception. Cette forme d'allocution est utilisée quand un homme politique jouit d'une grande maîtrise de la caméra. Elle est aussi dangereuse à cause du trouble du monologue qu'elle peut déclencher lorsque l'enregistrement se réalise en direct dans un studio de télévision dont le dispositif technique impressionne et stresse le candidat. La panique et la déconcentration de l'orateur risquent de porter préjudice à son image-candidat.

Stratégie 3 :

Intervention en direct au journal télévisé 

Le Journal Télévisé de la soirée est l'une des émissions dont l'audimat est assez élevé. Le candidat qui choisit cette tribune espère atteindre la plus grande portion de l'électorat. Annoncé à la UNE du JT, il s'élève au dessus de la mêlée et se positionne comme un candidat sérieux. Mais cette stratégie est également dangereuse dans la mesure où le présentateur du journal peut coincer le candidat par une question complexe ou délicate. Une prise de position déroutante ou une mauvaise réponse de sa part peut compromettre polémiquement ou tendancieusement l'adhésion de l'auditoire à son projet.

Stratégie 4 :

Organisation d'une conférence de presse

Certains hommes politiques intellectuellement bien outillés et maîtrisant les techniques de la communication en public, préfèrent déclarer leur candidature lors d'une conférence de presse, devant une cohorte de journalistes et de chasseurs d'images inédites. Cette stratégie permet en une seule impulsion de saturer tous les médias qui vont relayer l'évènement. Le candidat a par ailleurs le temps nécessaire qu'il faut pour présenter ligne par ligne son programme politique et les articulations de sa campagne.

Stratégie 5 :

Participation a une émission « people »

Il existe dans la plupart des chaînes de télévision des émissions consacrées aux débats politiques, émissions qui rassemblent les leaders d'opinion, les intellectuels, les hommes politiques, les autorités morales, la société civile… Ces espaces constituent également des plates-formes de très haute audience où les politiques défendent leurs idées et prennent librement position par rapport au rituel électoral. Aujourd'hui, avec le spectre de la télé-réalité, on retrouve les hommes politiques même dans des émissions de divertissement. Chaque fois que l'occasion leur est donnée, ils n'hésitent pas à étaler avec maestria leurs ambitions politiques.

Stratégie 6 :

Réalisation d'un reportage

Autrement appelé « loft declaration » selon une terminologie en vogue, ce mode de déclaration permet au candidat d'ouvrir son espace privé aux médias. Le journaliste réalise autour du « présidentiable » un reportage dans lequel il essaye de camper son quotidien au sein de sa famille, dans sa résidence, au bureau, dans un magasin, dans une confrérie religieuse ou politique, dans une organisation de droit commun, etc. Cette stratégie est également utilisée lorsque le candidat évite une piètre prestation télévisuelle. Dans un cadre privé et convivial, l'intéressé peut répondre sans pression aux questions du journaliste. Cette technique permet également d'habiller l'acte de déclaration d'effets spéciaux qui rehaussent le statut représentationnel du candidat. Le danger de cette mise en scène vient du fait que le journaliste ne se contentera pas seulement de sublimer le candidat, mais aussi de le détruire en mettant sous presse des images ou des détails scandaleux tels l'adultère ou la fraude fiscale.

Stratégie 7 :

Montage d'un spot publicitaire

Il est vrai qu'en France il est formellement interdit de faire de la publicité politique. Mais aux USA, ce mode est le plus utilisé par des acteurs politiques qui investissent de gros moyens financiers pour la promotion de leur image et pour rendre notoire leur présidentiabilité. Dans ce sillage, le candidat réalise un court métrage audiovisuel rythmé sur une brève animation musicale autour de son portrait. Les slogans, les paroles, les inserts et incrustations diverses en arrière plan défilent sur l'écran ou forment une spirale autour de l'image du candidat. Ce clip audiovisuel intégré dans la rubrique publicitaire peut être diffusé plusieurs fois par jour, selon le budget du candidat.

Stratégie 8 :

Le porte-parole

La déclaration de candidature est une affaire individuelle, cependant, le candidat peut aussi déléguer la responsabilité de l'annonce de sa candidature à un porte-parole. Ce dernier développe à la télévision un argumentaire pour justifier clairement les mobiles de la candidature du personnage politique qui l'a délégué. Ce mode de déclaration correspond surtout aux personnalités politiques  ou civiles qui n'ont pas besoin de s'afficher à l'écran pour exister. Il n'est conseillé qu'aux candidats jouissant d'une grande notoriété publique.

Stratégie 9 :

Participation à une manifestation

Cette stratégie s'inscrit le plus souvent dans la tradition populiste et ultragauchiste. La manifestation organisée peut être une marche de sensibilisation, une grève des corps de métiers ou syndicaux, une mobilisation d'étudiants ou d'un groupe social défavorisé… Ce type de déclaration se réalise dans la rue, dans un décor carnavalesque. La cohue ameutée et excitée sert de décor. Les slogans sont affichés sur des pancartes et des banderoles que brandissent les manifestants. Le candidat émerge de la foule comme un leader et fait sa déclaration de candidature sous forme d'un meeting politique improvisé, récupérant à son compte tous les manifestants dont il prétend être la caisse de résonance de leurs desiderata.

Stratégie 10 :

Diffusion d'un communique de presse

Le candidat peut accorder une interview exclusive à un organe de presse écrite ou simplement rédiger un communiqué. Son annonce est lue in extenso sur les ondes d'une radio ou d'un canal de télévision et relayée par des agences de presse locale, nationale et internationale. Ce document est systématiquement commenté par un analyste politique invité au JT qui prend soin de le décortiquer de fond en comble en expliquant l'enjeu de cet acte ainsi que le positionnement du candidat.

Stratégie 11 :

Création et animation d'un blog sur Internet

Tous les hommes politiques aujourd'hui ont leurs sites Internet qu'ils enrichissent quotidiennement en mettant en nue dans cette vitrine leurs positions par rapport au débat social en général et à l'actualité politique en particulier. Ces interfaces sont des tribunes où ils échangent des idées et discutent librement avec des internautes. En navigant sur le web, on rencontre généralement des annonces de type « dialoguez en direct avec X » de telle heure à telle heure sur le site Y. Posez votre question et X vous répondra. X est un acteur politique. Le candidat à une élection présidentielle peut donc exploiter cette plate-forme pour déclarer sa candidature en répondant à une question qui lui a été posée par un blogueur.

Stratégie 12 :

Déclaration par le sponsoring et le mécénat.

En sponsoring les mouvements des jeunes, des sportifs, des artistes ou des démunis, les hommes politiques, candidats potentiels à l'élection présidentielle, bénéficient d'une crédibilité certaine et d'une caution populaire. Plus leurs actions médiatisées sont grandioses, plus leur présidentialité est évidente. Un président charismatique d'un club de football plusieurs fois vainqueur d'une champion ligue par exemple, peut du jour au lendemain transformer sa gloire sportive en ambition politique. Dans ce cas, sa déclaration de candidature pourrait se résumer par une comparaison de type : « J'ai mené plusieurs fois un club de foot à la victoire et j'aimerais en faire autant pour la nation ».

Stratégie 13 :

Publication d'un ouvrage politique

La meilleure façon de diffuser des idées politiques ou d'exposer explicitement ses intentions à la présidentielle consiste à publier un ouvrage. Le livre dévoile ostensiblement à travers et au-delà des lignes les ambitions et les perspectives de son auteur : « Le monde comme je le vois » de Lionel Jospin et « Témoignage », nouveau livre de Nicolas Sarkozy  sont des essais politiques qui s'inscrivent dans ce sillage. Ce passage extrait du livre de Nicolas Sarkozy traduit en lui seul la foi, la détermination et le pragmatisme qui animent son auteur à la veille de la prochaine élection présidentielle de 2007 :

« D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu agir. Transformer le quotidien, rendre l'impossible envisageable, trouver des marges de manoeuvre, m'a toujours passionné. La politique n'était pas une tradition familiale. Tout même aurait dû m'en éloigner : je n'avais ni relations ni fortune, je n'étais pas fonctionnaire et j'avais un nom qui, par sa consonance étrangère, en aurait convaincu plus d'un de se fondre dans l¹anonymat. Mais la politique a cet intérêt unique et tellement exigeant de se faire avec les Français, pas contre eux, ni sans eux. J'aime l'idée d'une action commune, vers un même objectif, pour donner un espoir à des millions de gens. Tant de gens ont renoncé. Renoncé à croire que demain peut être plus prometteur. Renoncé à un avenir plus heureux pour leurs enfants. Je veux expliquer ici qu'il n'y a pas de fatalité pour celui qui veut bien oser, tenter, entreprendre. Dans un monde qui bouge à toute vitesse, l'immobilisme est la posture la plus risquée pour notre pays comme pour chaque Français J'aime construire, agir, résoudre les problèmes. Je crois que tout se mérite et qu'au final l'effort est toujours payant. Voilà mes valeurs. Voilà pourquoi je fais de la politique, voilà ce qui justifie, à mes yeux, de vouloir conquérir les plus hautes responsabilités. Voilà ce que je viens vous dire ».

Stratégie 14 :

Engagement social

N'importe quel citoyen français peut être candidat à l'élection présidentielle. Le plus important, c'est d'être une personnalité connue, de jouir d'une certaine crédibilité et de rassembler les parrainages nécessaires. Quand ils ne sont pas des artistes de grande carrure ou des sportifs de haut niveau, certains candidats indépendants se rendent vulgaires à  travers leurs investissements publics, leur engagement social dans des œuvres caritatives, des actions humanitaires ou écologiques. Issues de la société civile, ces personnalités sont le plus souvent des autorités morales et religieuses ou des responsables des associations et des organisations non gouvernementales ayant une notoriété nationale et internationale. Leurs activités sur le terrain constituent donc un cheval de bataille et contribuent, grâce à une médiatisation à outrance, à les rendre populaires, donc présidentiables.

Tous ces modes et formes de déclaration de candidature que nous venons d'énoncer (monolocutif, dialocutif et délocutif), s'inscrivent dans une stratégie globale de communication et de visibilité des partis politiques. Ce projet de scénarisation qui peut se réaliser par le biais de la radio, la télévision, la presse écrite, de l'Internet ou autres supports médiatiques, associe à chaque option de déclaration de candidature une rhétorique particulière. Après avoir choisi le mode énonciatif dans la mise en scène, le candidat est tenu de choisir le mode argumentatif dans la mise en discours, et la rhétorique de son propos dépend stratégiquement de l'indice de son positionnement par rapport à la continuité ou au changement.

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09 mars 2009

Formes et instances énonciatives du discours politique électoral

Par Martin Momha

Chercheur en sciences du langage et en stratégies de communication politique

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Les hautes technologies de l'information et de la communication nous donnent le privilège de suivre à la radio, à la télévision ou sur le web les interventions magistrales des acteurs politiques, candidats aux hautes fonctions institutionnelles. Pour mieux comprendre et interpréter les élucubrations de ces « docteurs ès promesses », voyons un peu comment ces orateurs politiquent structurent et manipulent leur langage à  travers l'analyse des formes et des instances énonciatives.

Les formes énonciatives

Le discours politique électoral se présente généralement sous trois formes énoncia-tives : monolocutive, dialocutive et délocutive.

Dans sa forme monolocutive, le sujet communiquant est le seul intervenant. C'est généralement le cas avec les allocutions télévisées du Président de la République. Face à la caméra, l'orateur développe son propos d'un bout à l'autre de son acte de communication sans interruption. Une telle énonciation dite « monologale » ou « monologique » transforme le projet de communication en projet d'information. En effet, dans « l'expression directe », l'orateur politique ne communique pas, mais il informe. Cependant, si la forme monolocutive met en scène un seul protagoniste, elle implique en arrière plan l'existence d'un auditoire ou d'un public cible à qui l'allocution est destinée.

Dans la forme dialocutive, nous avons affaire à des échanges dialogiques et interactionnels entre le locuteur et l'allocutaire. Ce dernier peut être un journaliste qui pose des questions dans le cadre d'une interview ou un co-locuteur qui interpelle le candidat, intervient ou réagit dans le cadre d'un débat contradictoire. En termes consacrés, les linguistes de l'énonciation utilisent des terminologies appropriées pour caractériser de tels actes de langage :

– « polyphonie », définie comme l'inscription de plusieurs voix dans la même énonciation.

– « principe dialogique », l'interaction entre énonciateur et co-énonciateur et immersion du discours dans un interdiscours dont il surgit et qui ne cesse de le traverser.

– « l'hétérogénéité montrée » entendue comme des processus caractérisables qui attestent l'intervention des sources énonciatives distinctes de cet énonciateur.

La forme délocutive enfin, nous renvoie à la problématique de la « reprise » traditionnellement connue sous la dénomination de « discours rapporté ». Le candidat n'intervient pas directement dans la mise en scène de l'acte de communication. Il se fait représenter par un délégué ou porte-parole qui rapporte ses propos avec plus ou moins de fidélité. C'est par exemple  le cas d'un Secrétaire Politique invité au débat et qui intervient au nom de son Parti. C'est aussi le cas du journaliste qui lit un communiqué de presse ou un avis rédigé par un candidat, une commission, une organisation. Le discours se définit sous cet angle comme une organisation hétérogène composée de deux intégrités : les actes produits par le locuteur d'une part et d'autre part les sources énonciatives distinctes de celle de l'énonciateur.

Les instances énonciatives

Quelle que soit sa forme (monolocutive, dialocutive ou délocutive), le discours politique électoral est stratégiquement une communi­cation polyphonique. Sa spécificité structurelle vient du fait qu'il peint sur une même toile trois images parallèles et dégage dans un même acte discursif trois instances énonciatives : la personne qui parle ou de qui l'on parle, la personne à qui l'on parle et la personne  contre qui l'on parle. Il s'agit donc d'un enchâssement de trois voix énonciatives en une seule, d'une communication conflictuelle tripartite mais monolocutive.

 

La personne qui parle c'est l'orateur politique qu'on pourrait qualifier de « sujet communiquant ».  Il assume son procès locutif et discursif soit par l'expression de la singularité lorsqu'il agit verbalement en qualité d'individu (je), soit en fortifiant et en légitimant son propos lorsqu'il parle au nom d'une communauté d'individus dont il est le représentant (nous). Dans son argumentation, l'image sienne qu'il construit est éclatante et attractive, puisqu'il ne met en exergue que ses attributs les plus retentissants ou glorieux, ses succès les plus fameux, ses atouts inégalables, ses qualités incontestables et ses forces intangibles. Dans une rhétorique présomptueuse et nombriliste, il tend à démontrer qu'il est « le seul », « l'unique », « le meilleur » des candidats… Son discours est donc dithyrambique et apologétique, une autoglorification en somme.

La personne à qui l'on parle est le peuple ou l'électorat : ce dernier joue dans l'énonciation le rôle d'arbitre ou de témoin. Il est affublé d'attributs rationnels : il est sage, averti,  doté de bon sens, patient, compréhensif, aguerri… Il est le guide suprême qui sait discerner et faire le bon choix. Mais ces qualités suprêmes du peuple souverain et omnipotent contrastent avec l'état de manque dans lequel il se trouve : tel que les orateurs politiques le présente, le peuple a besoin d'un minimum de confort, de sécurité et aspire au bien-être.

 

La personne contre qui l'on parle est le concurrent ou l'opposant : elle peut être désignée nommément ou par circonlocution. Son image est ternie, voire noircie. Dans son propos discursif, l'opposant est discrédité par le sujet énonçant qui souligne avec emphase ses turpitudes, met en lumière ses défauts et ses points faibles.

En somme la tactique communicationnelle ici consiste pour l'orateur politique à jeter dans son allocution le ridicule et le discrédit sur son concurrent et partant de là, à démontrer que ce dernier ne possède pas les aptitudes nécessaires pouvant lui permettre de mériter la confiance du peuple.

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02 mars 2009

Les grandes orientations de recherche en communication politique

Par Martin Momha

Chercheur en sciences du langage et en stratégies de communication politique03

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À l’approche des grandes échéances électorales à l’instar de la campagne présidentielle, dans les états-majors des parti politiques et dans tous les médias, c’est un branle-bas total. D’un côté comme de l’autre, on adopte des stratégies :

– celles des acteurs politiques visent à la vulgarisation de leur candidature (idées, programmes) et à la construction de leur image-type de présidentiable.

– celles des médias visent à l’information continue des populations, à la présentation des enjeux, des forces en présence et à une meilleure diffusion de l’événement, bref à la mise en scène médiatique.

Dès lors, un pacte inaliénable est scellé entre les médias d’une part et les acteurs politiques d’autre part. Les stratégies médiatiques de visi-bilité et de communication électorale vont mettre en exergue cette corrélation dans une triple dimension aux frontières poreuses qui définit les principales orientations de recherche en communication politique.

Traditionnellement, lorsqu’on parle de communication, en référence au modèle triadique proposé par Karl Bühler (1962-56), l’on fait allusion à trois facteurs essentiels : l’émetteur, le canal et le récepteur. Ce modèle linéaire que Roman Jakobson (1966-216) a étendu à six fonctions, est une sorte d’axiomatique à base de laquelle s’élabore toute la théorie du langage et de la communication. Si nous transposons ces données dans le domaine de la communication politique, nous pouvons établir des correspondances suivantes :

Emetteur (A) = acteurs politiques

Canal (B) = médias / journalistes

Récepteur (C) = société / peuple / électorat

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La relation A-B

Elle définit et caractérise les rapports entre les acteurs politiques et les médias. Il s’agit d’une relation d’usage et de dépendance unilatérale. Le média, vecteur de transmission, est considéré comme un instrument de persuasion électoraliste, un moyen de communication et d’information qui sert à irriguer les foules et à visualiser l’image-type des acteurs politiques. Bernard Lamizet parle de « politique médiatée ».

En effet, transformés en vedettes lors des campagnes électorales,  les personnalités politiques sollicitent ardemment les médias pour diffuser leurs idées et asseoir leur notoriété. Ils se transforment ainsi en de véritables « stars ». Micheline Career (2003, 12) note à ce titre que si les hommes et les femmes politiques voulaient échapper au pouvoir des médias et prétendaient servir la vérité et le peuple sans détour, ils ne feraient pas long feu en politique : les médias les ignoreraient ou les démoliraient, car ils ne pardonnent pas à ceux qui leur résistent. Cependant, le danger n’est pas grand, les chefs et les sous-chefs politiques collaborent volontiers à l’entreprise de fabrication d’images parce qu’ils aiment se donner en représentation. Ce sont des acteurs consommés.

Les médias donnent à voir des personnages politiques qui mettent en scène leur propagande à travers l’usage des techniques de la publicité dont la rhétorique commerciale de séduction et de consommation situe le fait politique dans les logiques du marché.

Sur les six supports mass médiatiques contemporains qu’exploitent à souhait les acteurs politiques en situation électorale, (radio, télévision, presse écrite, Internet, téléphone, affiches publicitaires), la télévision reste et demeure le « centre de gravité», certainement à cause de son objectivité d’une part et de sa mise en scène vidéosphérique d’autre part. C’est le résultat d’une analyse réalisée au lendemain de l’élection présidentielle de 2002 en France sur « l’usage des médias par les candidats ». Pierre Martin (« Protocole médiatique », Juin 2002) souligne dans sa conclusion que les hommes politiques ont su exploiter tout le potentiel d’Internet. Or comme ce sont les candidats qui créent eux-mêmes leurs sites web, ont peut penser que ce média n’est pas du tout objectif et qu’Internet n’est pas vraiment fiable (…). Leurs interventions télévisées sont plus intéressantes. En effet, confrontés à un journaliste, on peut voir qui répond aux questions et qui les détourne ».

La problématique afférente à ce module de recherche vise donc à évaluer et à caractériser les stratégies de communication, d’information et de visibilité que les leaders politiques mettent en œuvre pour présenter leurs programmes politiques en vue de susciter l’adhésion de l’électorat. La relation A-B nous situe au cœur du marketing et de l’argumentation politique, car il s’agit d’utiliser les médias pour convaincre et séduire l’électorat, une opération de charme qui transparaît lors des campagnes électorales. On parlera donc d’une communication stratégique qui tire son essence de la propagande et du marketing politique (S. Ablbouy, 1994).

La relation A-C

Elle définit et présente les rapports entre les acteurs politiques et l’électorat. Nous nous trouvons ici dans une relation verticale structurée par un « rapport d’influence » (Goffman, 1987). En période électorale, le peuple est chouchouté, sublimé et glorifié par les hommes politiques, puisque c’est lui qui détient le véritable pouvoir : le suffrage.

En effet, c’est entre les mains du peuple souverain que repose le destin politique des aspirants aux fonctions institutionnelles. La relation entre les acteurs politiques et les citoyens est aussi une relation d’identification et de représentation, puisque la communication électorale est toujours  le miroir politique entre les citoyens et leur électorat  (B. Lamizet, 2001-23).

Chaque candidat dans l’arène électorale, par médias interposés, existe en tant que « figure symbolique » qu’une étiquette singularise sous forme d’une dynamique de représentation. Cette théâtralité permet aux électeurs, dans la « logique du miroir politique » et par le truchement des supports mass médiatiques, de mieux les identifier, de les accepter ou de les rejeter.

Une telle forme de « communication symbo-lique » que les médias facilitent transforme le candidat en un acteur électoral qui apparaît sur la scène publique, face l’électorat, affublé d’un masque qui trahit la famille politique qu’il représente et au sein de laquelle s’élaborent les stratégies individuelles et collectives de son énonciation médiatée.

La relation B-C

Elle met en évidence la théorie de la réception et de la réaction, diversement définie dans les travaux de Franz Rutten (1981, 81), Elihu Katz (1990, 273), Jean-Claude Guilebaud (1993, 730-734), Jean Charron (1997, 31-34), Daniel Dayan (1996, 24-36), Daniel Cefaï (2003), Brigitte le Grignou (2003), etc. La problématique qui sous-tend cette relation vise d’une part à définir l’effet des médias sur la société et d’autre part à évaluer l’audience des médias de masse et leur influence sur le com-portement social et politique des citoyens.

La théorie de la réception soulève une double problématique : technologique (la diffusion de l’information, A. Mattelard, 1986) et psycho-cognitif (l’interprétation du message, J. Caron, 1986). On se posera alors la question de savoir comment les électeurs interprètent-ils le discours et les actions que les hommes politiques, par le truchement des médias, leur présentent dans une mise en scène cérémonielle ?

En effet, un électeur convaincu ou déçu par un candidat à une élection réagira favorablement ou défavorablement par un retour métalin-guistique sur la communication électorale. Cette réaction capricieuse qui s’incarne sous la forme d’un vote, sanctionne, comme une évaluation à posteriori,  les projets des candidats et les identités politiques qu'ils confrontent les uns aux autres dans les compétitions qui jalonnent la vie politique de la démocratie. Le vote, dans la décision qu'il met en oeuvre de la part de l'électeur, est le retour du réel sur l'activité symbolique de la communication électorale. En ce sens, il articule institu-tionnellement la dimension symbolique de la représentation des candidats et la dimension réelle de la position choisie par l'électeur (Bernard Lamizet).

Si donc le pouvoir des médias influence le choix politique des citoyens lors du vote selon des études sur « l’agenda setting » et la « théorie de la manipulation de l’opinion publique » (Iyengar et Kider, 1982), si les électeurs influ-encent le destin politique des candidats aux élections à travers leur pouvoir évalué en termes de suffrages exprimés, dès lors, comme le déduit Jean Charron, les stratégies politiques ont aujourd’hui tendance à concevoir la communication politique comme la lutte pour le contrôle de l’agenda setting (1997, 31).

Posté par Martin momha à 19:50 - Commentaires [2] - Permalien [#]